jardin des PETITES RUCHES

Questions-Réponses : apiculture écologique

samedi 30 avril 2016 par Petites ruches

Qu’est-ce que pratiquer une apiculture écologique ?

C’est inventer une nouvelle façon "d’élever" des abeilles ; non pas pour en tirer le meilleur profit, la meilleure rentabilité, mais plutôt offrir un logis confortable à une colonie d’abeilles, dans un environnement de verdure, afin qu’elle puisse prospérer le mieux possible, et vivre de façon autonome.
Le abeilles existent depuis plus de 100 millions d’années, bien avant l’homme qui n’est apparu qu’il y a seulement 3 millions d’années.
Il a domestiqué cet insecte sauvage pour son miel et pour sa cire. Or, depuis l’invention des ruches à cadres par Charles Dadant au début du 20ème siècle, les pratiques d’élevage se sont intensifiées, l’abeille a été sélectionnée pour produire davantage et fragilisée par ces excès productivistes et la dégradation de son environnement.
Pratiquer une apiculture écologique c’est laisser aux abeilles la possibilité de retrouver des conditions de vie les plus naturelles possibles, l’homme se mettant volontairement en retrait par rapport à elles, acceptant de ne pas tout contrôler, superviser.

  • C’est laisser aux abeilles suffisamment de miel pour leur propre consommation, ne pas donner de sucre stimulants ou compensatoires, et ne prélever qu’un petit excédent si la météo a été favorable. Certaines années aucune récolte ne sera envisageable (canicules, printemps très pluvieux), et la colonie sera prioritaire. Nous accepterons de lui laisser l’ensemble de sa récolte pour qu’elle survive.
  • C’est refuser les essaims ou les reines inséminées artificiellement, car l’affaiblissement génétique qui en découle est préjudiciable à la survie des abeilles.
  • C’est être vigilant sur l’environnement proche de la ruche, afin de s’assurer que la colonie ne manquera pas de fleurs, et de veiller à ce que la diversité des floraison soit la plus large possible.
  • C’est comprendre que l’abeille est un maillon essentiel de la biodiversité, et que sa présence dans nos jardins, nos villages, est indispensable : c’est elle qui pollinise la quasi-totalité de nos fruits et légumes, et qui rend possible la fécondation des plantes sauvages ou horticoles, et garantit leur pérennité.

Quelles sont les types de ruches écologiques ?

Ruches Warré, ruches troncs, ruches tressées, ruches kényanes, Sun hive, sont des modèles intéressants de ruches écologiques, mais au delà de la ’ruche’, c’est la pratique qui lui est associée qui importe.
Certaines colonies vivent librement dans les murs d’habitations, des poteaux, des arbres creux : on pourrait dire que ce sont de bonnes ruches écologiques.

Qu’est-ce que la ruche Warré ? qui l’a inventée ?

Deux ruches pour polliniser le potager

Son inventeur est l’abbé Emile Warré (1867 - 1951) qui fut abbé dans la Somme, puis dans l’Indre et Loire, près de Tours.
Il fit de très nombreuses expérimentations sur plusieurs centaines de ruches. Son but étant d’obtenir une ruche la plus proche des conditions naturelles de l’abeille, tout en étant pratique pour l’apiculteur. Il souhaitait que tout un chacun puisse avoir une ruche dans son jardin et récolter du miel sans pour autant devoir s’équiper de nombreux outils d’extraction.
Dans son livre « L’apiculture pour tous », Emile Warre présente son expérience acquise en utilisant presque tous les types de ruches connues. Chaque type de ruches y était présent en une douzaine d’exemplaires. Il put ainsi voir les points forts et les points faibles de chaque modèle.
C’est sur ces bases que l’abbé Emile Warré a conçu sa ruche populaire.

Cela demande-t-il beaucoup de travail de s’occuper d’une ruche ?

Une ruche écologique, de type Warré, nécessite très peu d’interventions. Les abeilles construisent leurs rayons de cire toutes seules. Nul besoin d’acheter des cadres en cire gaufrée, et encore moins des cadres alvéolés en plastique !
Nous pourrons simplement agrandir la ruche en ajoutant un étage en début de saison, comme nous le ferions pour rempoter une plante un peu à l’étroit dans son pot ; il sera bon aussi d’échanger le plancher à la sortie de l’hiver, afin de leur faciliter la tâche et d’assainir la ruche.
Enfin, un soin particulier sera de veiller à enrichir leur environnement floral. Une bonne pratique sera pas exemple de moins tondre la pelouse et moins "nettoyer" le jardin, pour laisser aux abeilles des fleurs spontanées (trèfle blanc, pissenlit, brunelle...).

Les constructions de cire dans la ruche

Combien de miel peut-on récolter dans une ruche ?

Une seule récolte de miel est pratiquée dans la ruche écologique, à la fin de l’été, si la ruche présente un surplus de miel. Il est alors possible de prélever un élément entier, ce qui représente entre 10 et 12 kg de miel. Une récolte plus modérée encore est possible.
Certaines années, si la météo est défavorable (pluvieuse ou caniculaire), il ne sera pas possible de récolter du miel, car les abeilles auront à peine la quantité nécessaire à leur survie. Car en hiver ce sont leurs réserves qui leur permettent de résister au froid.

Peut-on voir la reine ?

Il est rare de la voir, car elle se trouve sur les galettes de cire alvéolées pour y pondre. C’est son activité principale au coeur de la ruche, là où il fait le plus chaud.
On peut l’apercevoir lorqu’elle change de couloir et passe devant la fenêtre.
La particularité de la ruche Warré est qu’elle n’a pas de cadres ; elle ne sera donc pas ouverte, ni visitée comme avec une ruche à cadres..
Il n’est pas nécessaire d’ouvrir la ruche pour savoir si la reine s’y trouve. L’observation à la porte nous donne tous les indices : comportement des abeilles, entrée de pollen... De plus, l’ouverture d’une ruche perturbe l’équilibre thermique et hygrométrique et oblige les abeilles à travailler pour restaurer cet équilibre.

Faut-il nourrir les abeilles ?

C’est une pratique devenue hélas banale que de nourrir les abeilles au sucre ! sous toutes ses formes, ... sirop de betterave, de canne à sucre, pâte de glucose, fondant, candi, etc..., le nourrissement au sucre est nocif pour les abeilles, affaiblissant leurs défenses immunitaires ; elles sont faites pour manger uniquement du miel, leur propre miel, riche de toutes les substances qu’elles ont soigneusement sélectionné.
Pour respecter ce principe, le prélèvement de miel dans une ruche écologique doit toujours être très modéré, et jamais au détriment des abeilles. Ainsi, aucun apport de sucre ne sera nécessaire.
Certaines années, lorsque la météo est particulièrement difficile, nous ne faisons aucune récolte de miel, tout est laissé à la colonie pour ses réserves hivernales.

Avoir une ruche dans son jardin, est-ce dangereux ?

Ruche au jardin

Les abeilles ne sont jamais dérangées dans une ruche écologique. Elles vivent librement, comme lorsqu’elles occupent un tronc d’arbre ou un creux dans un mur.
De ce fait, leur comportement est paisible, et nous pouvons cohabiter avec elles sans inquiétude.
Il faudra seulement veiller à les entourer d’un petit enclos en palissade ou en grillage lorsqu’on a des jeunes enfants, ou des animaux assez turbulents pour faire basculer la ruche.

Une ruche dans mon jardin : combien ça coûte ?

Compter environ 140€ pour une ruche, et environ 100€ pour le petit matériel apicole (habit, enfumoir, passoire spéciale de récolte, ... etc).
A noter : une ruche écologique est facile à fabriquer pour les bricoleurs.
Pour peupler la ruche la solution la plus économique est la récolte d’un essaim sauvage, que nous enseignons aux stagiaires.

Est-on obligé de récolter du miel ?

Si l’on souhaite seulement héberger une colonie pour la pollinisation et la préservation des abeilles, sans récolte de miel, il suffit de mettre la ruche dans un coin du jardin, et de lui laisser gérer ses provisions de miel. Elles récolteront ce qui leur convient, réguleront la taille de la colonie en fonction des réserves.

Abeille sur salvia uliginosa

Faut-il empêcher les colonies d’essaimer ?

L’essaimage est la faculté naturelle des abeilles à se reproduire, afin de coloniser de nouveaux espaces. Laissons faire la nature, et récoltons les essaims naturels qui sortiront de nos ruches, pour en peupler de nouvelles, les nôtres ou celles de nos amis.
L’essaimage permet la régénération de la colonie, avec le remplacement par une nouvelle reine. C’est un processus naturel qui permet à la colonie de se renforcer.
Nul besoin d’intervenir pour contrarier ce merveilleux évènement.
Nul besoin d’acheter des reines fécondées artificiellement pour remplacer celle de la ruche.
Les abeilles savent tout faire bien mieux que nous !

Que planter dans le jardin pour aider les abeilles de ma ruche ?

Ail d’ornement en mai

Les plantes mellifères, favorables aux abeilles sont très nombreuses,

  • Plantons des arbustes dans nos haies :
    amélanchier, aubépine, épine vinette, érable champêtre, cornouiller, troène, viorne, aubépine, cotoneaster, lonicera fragrantissima, mahonia, noisetier, rosiers arbustifs, seringa, sorbier, symphorine... etc
  • Des aromatiques :
    thym, romarin, lavande, origan, sauge, sarriette, hysope...
  • Des coins de prairies fleuries
    phacélie, bourrache, coquelicot, mellilot, luzerne, moutarde,, sainfoin, trèfle blanc et incarnat, pissenlit...
  • Et si le terrain est assez grand, des bosquets de nature sauvage, avec quelques ronces, du lierre, des chardons
    Ruche en paille dans la grange
  • Laissons des parcelles de pelouse non tondues afin d’offrir aux abeilles des bouquets de fleurs spontanées, brunelles, salsifis, pissenlits, centaurées, ...

Quelle est la règlementation pour installer une ruche ?

Les distances à respecter sont prises par arrêtés préfectoraux.
En règle générale, si un écran vous sépare du voisin (haie, palissade, pare-vue ou mur de 2 m de haut, sur une longueur de 2 m de part et d’autre de la ruche), aucune distance n’est imposée. Vous pouvez mettre la ruche où vous le souhaitez. Vous pouvez aussi la placer en hauteur, sur un toit terrasse par exemple.

Pour prolonger cette réflexion

Ecouter cette excellente émission : Bernard Bertrand, interviewé par Ruth Stégassy sur France Culture
http://www.franceculture.fr/emissions/terre-terre/extractivisme-45-ne-prete-qu-aux-ruches#


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