jardin des PETITES RUCHES

Laine : Teintures végétales, filage, tissage

jeudi 28 avril 2016 par Petites ruches

La laine est une passion, née je ne sais comment alors que j’étais enfant.
qui se conjugue aujourd’hui avec celle des plantes, dans la marmite de teintures végétales.

genêt des teinturier : genista tinctoria

Printemps : la saison des teintures reprend, avec bonheur : fougère aigle, pissenlit, feuilles de ronces, de fruitiers, de bouleau ; genêt des teinturiers, absinthe, plantain,...etc de nombreuses plantes abondent. Il est temps de relancer quelques pots de macération !
C’est aussi l’occasion de récolter diverses feuilles afin de tester celles qui "marquent" le mieux leur empreinte sur le tissu. Cela dépend de leurs pigments, et découvrons que certaines herbes sont plus colorantes que d’autres. Par exemple la mercuriale ou le cerfeuil penché, la germandrée ou les primevères.
Il suffit pour ce test de mettre en contact la feuille (la fleur) et le tissu (coton, lin ou autre), et d’appuyer pour que le colorant végétal migre : frotter, tapoter, presser avec divers outils (maillet, marteau, galet, bâton, planchette...), qui donneront des rendus différents. Le résultat variera aussi en fonction de la nature du tissu et de son épaisseur. Là encore, tout est permis !

écoprint : feuilles sur coton

L’étape suivante sera de découvrir quels sont les pigments durables, résistants au lavage ou à la lumière. Certains seront éphémères, comme les tons roses des pétales de primevères ; d’autres beaucoup plus solides.
Certains mordants, appliqués avant ou après l’impression permettent de renforcer la tenue de la couleur. Citons-en quelques-uns : tanins, eau de cendres, eau de fer, lait de soja, alun...(voire des bains successifs de l’un ou l’autre de ces mordants, en laissant bien sécher avant le bain suivant).

Les expérimentations














Automne : les récoltes sont abondantes, en particulier au moment des tailles de haies du jardin, ou du voisinage. Il ne sera pas rare de découvrir un tas de branches fraîchement coupées...
Le visage de la teinturière en promenade s’illuminera alors d’un large sourire ! Sumac, viorne, merisier, bouleau, troène, laurier, églantier ou prunellier rejoindront bientôt ses macérations ou ses décoctions, à moins qu’elles ne sèchent pour un usage ultérieur !
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Technique ancienne, aujourd’hui peu pratiquée, La fermentation longue des plantes tinctoriales est très intéressante,
s’apparentant à la lacto-fermentation anciennement pratiquée pour la conservation des légumes, et aujourd’hui peu utilisée sauf pour la choucroute.
Les plantes (écorces, baies, feuilles ou fleurs) libèrent naturellement de l’acide lactique dans l’eau, protégeant ainsi le bain du pourrissement. Cela permet d’éviter la cuisson du bain de teinture, et la qualité de la laine s’en trouve préservée ; de plus cette teinture ne nécessite aucun mordant, (les mordants sont des sels ferreux plus ou moins polluants et coûteux, qui aident à la fixation de la couleur sur la fibre).
C’est une ’éco-teinture’, pratiquée depuis les temps les plus anciens. Elle demande de la patience, car le résultat est aléatoire, et s’obtient après plusieurs semaines. Plusieurs bains sont actuellement en attente, je les surveille, les respire pour savoir comment ils évoluent, les secoue pour chasser les bulles d’air, et découvre comment les plantes libèrent leurs substances cachées... : phytolaque, sureau yèble, troène, chêne, carotte sauvage, bogues de noix encore et encore, bruyère...

Les bassines de teintures, pots de macérations : les expérimentations de plantes en synergie

Généreuse nature

Expérimentations, encore et toujours... Je prépare des assemblages au gré de mes inspirations, sans piller la nature ni gaspiller : par exemple, j’aime utiliser certains restes de cuisine (feuilles d’épinards ou de rhubarbe), les feuilles et brindilles tombées au sol lors d’un coup de vent, le broyat de végétaux laissé par les épareuses après les tailles de haies, le marc de café ou de raisin, etc...

Pull en laine filée main et teinture végétales

Tricoter des laines naturelles, teintes à la main, est un grand plaisir. Chaque couleur me rappelle les promenades faites pour récolter les fleurs et les écorces, la lenteur des processus. Le temps qu’il faut pour cela n’a pas d’importance, car ces créations sont uniques, et non commercialisables. Il a fallu environ un kilo de laine filée pour réaliser ce tricot ; des heures de cardage et de filage, de nombreux bains de plantes, récoltées durant plusieurs saison... C’est presque le pull d’une année... Qu’importe, si celui qui le portera apprécie le cadeau ;-)
Au pied des noyers, après l’orage, les noix vertes tombées au sol donnent un jus sombre que l’on nomme "brou". Il teint la laine sans mordant : j’ai obtenu un belle teinte chaude et légèrement rosée.
Le noyer (Walnut en anglais) est une plante tinctoriale majeure : écorces, racines, feuilles ou fruits produisent des teintes solides.
Teinture aux noix vertes

Le nom des couleurs :
En 1779 le Sieur Dambourney de Rouen, dans son ouvrage "Recueil et expériences sur les teintures solides que nos végétaux indigènes communiquent aux laines et aux lainages", désigne les couleurs de laine par des appellations qui nous sont aujourd’hui étrangères. Là où nous serions tentés de dire ’beige’, lui y voit ’ventre de crapaud’, ’vigogne’, ’aurore rembrunie’, ’aventurine’, ’poil de casor’, ’musc’, ’coton de Siam’, ’Nankin clair’, ’noisette douce’, ’ventre de biche’, ’tabac rapé’, ’ombre chamois’, ’mordoré’...

Quels noms donnerions nous à ces harmonies de beiges ?
Harmonie de teintures : tons jaunes et verts

Avec les baies noires de la bourdaine...
teinture de bourdaine

tricot en jacquard laine et couleurs végétales
Laines aux couleurs de la bourdaine, baies et écorce

Avec les baies du sureau noir (Elderberry) j’expérimente une lactofermentation à froid, puis un trempage dans un bain alcalinisé par la cendre de bois. La couleur passe alternativement du vert au rose, ou inversement
Teinture de sureau noir
Quelques branches fines de néflier d’Allemagne (Meldar) élaguées, sont un cadeau merveilleux pour un nouvel essai de teinture. Je rajoute parfois une pincée d’une autre plante, pour la synergie. Le résultat est un laine d’un beau vert lumineux.
Néflier d'Allemagne
La taille du pyracantha est allée aussi dans la marmite (rien ne se perd), pour un joli rose tendre légèrement saumoné.

Couleurs de mai - juin

Camaïeux de verts pour les teintures de fougère aigle, "Bracket" en anglais.
La couleur n’est pas toujours la même, selon que l’on récolte ses frondes au mois d’avril, mai ou plus tard. On peut laisser tremper les feuilles 1 ou 2 jours avant de les chauffer. Au four solaire, la température dépend de l’intensité du soleil. Cela monte doucement vers 60, 80/90°C. Le lendemain, la laine chauffe dans le jus filtré, avec très peu d’alun, encore quelques temps dans le four solaire. On obtient des camaïeux avec ajout de fer ou de cuivre en post bain.

camaïeu de vert : teinture de fougère aigle

Bleu gris ou beige pour les feuilles de ronce, "Brambles" en anglais

Jaune poussin pour le genêt (genestrelle) ou "Dyer’s Broom" en anglais
Vert anis pour la fougère aigle, "Bracken" en anglais

Une teinte chaleureuse, un peu carotte pour le noyer et la ballote. avec le henné rouge on obtient sensiblement la même teinte.

Écorces de bourdaine

La bourdaine est un arbuste qui pousse dans le sous-bois acides et humides. Elle a une jolie écorce noire mouchetée de blanc. Les anglais l’appellent ’aulne noir, "alder buckthorn".

Ecorces de bourdaine

Teinture facile à réaliser, par décoction, elle donne cette belle teinte jaune dorée.

Fruits d’aulne

L’aulne, "alder" en anglais, est un arbre de bord de rivière, très précieux pour son action dépolluante des nitrates dans l’eau. Ses fruits appelés strobiles se récoltent entre novembre et février. Ils sont riches en tanins et donnent cette jolie couleurs cannelle.

Nerprun en synergie avec d’autres plantes

Teinture nerprun
branches de nerprun

J’aime les mélanges, associer les plantes de teinture à l’intuition comme le ferait un cuisinier aventurier, surveillant la marmite, ajoutant un peu de ci ou de ça. La seule différence est qu’on ne peut pas goûter... seulement "sentir", et ressentir... et c’est là que commence le voyage.
Ce jour là, j’avais envie de nerprun cathatique, arbuste discret et méconnu. Cousin de la bourdaine, appelé "buckthorn" en anglais. Des fragments d’écorce et de brindilles, un peu de lichen, de saule et de gaillet, chauffés au soleil ont donné au final ces deux teintes. J’aime beaucoup ces couleurs de terre et de mousse, qui présentent des nuances dans le même écheveau. La teinture au soleil est économique et très simple à mettre en oeuvre avec un caisson vitré. Le bain de teinture cuit ainsi plusieurs heures, sans surveillance.

Feuilles de bouleau en synergie avec celles du peuplier

Feuilles de bouleau et peuplier

Le feuilles de bouleau ("Birch") et celles du peuplier ("Lombardy poplar") se sont mariées pour cette nouvelle teinture.
L’odeur du bain de cuisson des plantes était très agréable et sucré. Comme la plupart de mes essais, il a été réalisé au four solaire, avec un léger mordançage à l’alun dans le bain de teinture ; exprimant une teinte oscillant entre le jaune et le vert ; ce résultat me plaît beaucoup.

Teinture aux feuilles de bouleau

La laine a gardé l’odeur des plantes, le parfum du bain de cuisson ; et je me dis que cela doit être un plaisir de porter un vêtement imprégné des parfums des bois et des champs, gardant ainsi le souvenir de toutes nos promenades de récoltes !
Quand je désherbe un coin du jardin, je garde ce qu’il me faut pour les teintures dans un panier à part : mourron blanc, marrube noire, feuilles mortes du noyer, racines de liserons, noix vertes tombées au sol, gaillet gratteron, racines de rumex ou d’orties ... etc. Je reviens toujours du jardin avec une petite récolte que je fais sécher, en attendant de les utiliser. Le désherbage devient vite un plaisir !

laine de mouton cardée, prête à être filée

Voici un tricot parfumé aux senteurs des bois et des prés. Il est réalisé à partir des essais de teintures ci-dessus.

les laines à teinter
Teinture Poirier-renouée
Teinture de genêt des teinturiers
Genêt à balai : la récolte en mai
Récolte des feuilles de bouleau
Les plantes récoltées et séchées
Récolte des plantes à l’automne : pour la cuisine et la teinture

Le four solaire

Indispensable four solaire !

Je ne saurais pas faire de teintures sans lui ! Petit caisson bien isolé, léger, c’est Alain qui l’a construit. Il est installé dehors chaque fois que le soleil pointe son nez. Il concentre les rayons du soleil et peut amener une bassine à ébullition dans l’après-midi.
Cela me permet de laisser mijoter les plantes et l’eau pendant des heures si nécessaire, sans me soucier de surveiller la cuisson. Simplement, réorienter le four face au soleil toutes les heures pour plus d’efficacité.
Macération de carotte, lichen, stellaire...


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